Absent du dernier Mondial (blessé), Hugo Descat est revenu dans le groupe et a participé aux deux succès probants face au Danemark. À 32 ans, depuis la retraite de Luka Karabatic, il est avec Rémi Desbonnet le plus ancien de l’équipe de France. L’occasion d’évoquer son histoire avec les Bleus, du haut de ses 305 buts en 70 sélections.
Chez toi, après un entraînement ou un match, quelle place prend le handball ? Est-ce que tu regardes d’autres matchs ou tu préfères décrocher ?
Ça dépend de mon état d’esprit. Si j’ai bien joué, parfois j’aime bien revoir mes actions. Si j’ai mal joué, j’analyse beaucoup mes erreurs… mais parfois, je préfère complètement zapper pour éviter de trop cogiter. Chez moi, le handball n’est pas trop présent. Ma femme n’est pas spécialement dans ce milieu, même si elle s’y connaît maintenant. Mes enfants sont encore petits, donc ils ne débriefent pas les matchs avec moi. On en parle vite fait, mais j’arrive généralement à passer à autre chose rapidement.
Tes enfants s’intéressent-ils au handball ?
Mon fils de 2 ans adore ça, même s’il est encore trop petit pour jouer. Il est toujours avec un ballon à la main. Ma fille, qui a 7 ans, aimait bien quand elle était plus jeune, mais en grandissant, elle s’y intéresse un peu moins. Elle est sportive, mais elle explore d’autres choses. Par contre, elle aime toujours venir me voir jouer.
Quels souvenirs conserves-tu de la première fois que tu as porté le maillot bleu ?
Je ne me souviens pas de la date exacte, mais c’était en Tunisie, avec l’équipe de France jeune. À l’époque, on appelait ça la “Pouponnière”, avant que les catégories changent de nom. Je devais avoir 15 ou 16 ans. Je me rappelle que j’étais en seconde.
Comment as-tu vécu ce premier match ?
Ce qui m’a marqué, c’est la Marseillaise. Quand tu regardes le foot, tu vois les joueurs la chanter, mais quand ça t’arrive à toi, c’est un moment spécial. Dans les vestiaires, personne ne connaissait vraiment toutes les paroles. Certains hésitaient à chanter fort, c’était marrant. C’était aussi impressionnant car la Marseillaise a une vraie force. La mélodie capte l’attention et l’ambiance qu’elle crée, surtout à domicile, est exceptionnelle.
Parlons maintenant de ta première sélection chez les A.
C’était un match de qualification pour l’Euro, contre la Norvège, en Norvège. C’était en avril 2013. J’étais sur le banc, je n’ai pas eu de temps de jeu, mais on avait gagné un match serré. Ce n’était pas un souvenir marquant en soi. Par contre, mon deuxième match, quelques jours après, à Metz contre la Norvège, était plus fort. La salle était pleine, la Marseillaise, jouer avec des légendes… c’était incroyable.
Après cette première sélection, tu as connu une longue absence de l’équipe de France. Comment l’as-tu vécue ?
Honnêtement, très mal. Ça a duré environ sept ans. Ce qui est difficile dans le sport, c’est quand tu as le sentiment de mériter quelque chose et que tu ne l’obtiens pas. À l’époque, je trouvais ça injuste. On me reprochait certaines choses qui n’étaient pas vraies, et ça m’énervait encore plus. J’étais frustré, mais soit tu baisses les bras, soit tu continues à travailler. J’ai choisi la deuxième option.
Pendant ces années sans sélection, comment vivais-tu les compétitions de l’équipe de France ?
Je ne voyais pas ça comme des compétitions manquées, parce que je n’avais jamais vraiment été intégré au groupe. Je ne ressentais pas le manque, car je ne faisais pas partie de l’équipe. Bien sûr, j’étais content pour eux quand ils gagnaient, et déçu quand ils perdaient, car j’avais des amis dans le groupe. Mais ça ne changeait pas ma vie.
Finalement, tu es revenu en équipe de France en 2020. Comment as-tu vécu ce retour, 7 ans après ?
J’arrive directement après le changement de coach, quand Guillaume prend la suite de Didier Dinard. Il me sélectionne grâce à mes performances à Montpellier. Je suis assez content parce que je sentais que je méritais. Je me suis dit qu’il ne fallait pas que ce soit une apparition. Après, le coach fait ses choix, c’est normal. Mais en tout cas, je ne voulais pas m’en vouloir ou ne pas être déçu de ma performance. J’ai tout fait pour y aller et ça a super bien matché avec Guillaume. Ensuite, il m’a repris pour la préparation pour le Mondial en Égypte. Avec Micka Guigou on partageait le temps de jeu et j’ai fait une bonne compétition. Jusqu’à ce moment-là, à part les blessures, il a souvent compté sur moi. Je pense lui avoir rendu la confiance et ça fonctionne bien entre nous.
À 32 ans, depuis la retraite de Luka Karabatic, tu es avec Rémi Desbonnet le plus ancien de l’équipe ? Est-ce que tu le vis différemment ?
Alors, honnêtement, je ne dis pas ça maintenant parce que je le pensais déjà quand j’avais 22 ans, mais pour moi, l’âge, c’est juste un chiffre. J’ai 32 ans, certes, mais ce n’est pas très vieux. Ici, je connais tout le monde depuis longtemps, donc je n’arrive pas à me dire que j’ai 32 ans et qu’ils ont 22, 23, 24 ans. Je suis proche de certaines personnes bien plus jeunes ou bien plus âgées que moi. Bien sûr, avec mon âge, mon expérience et tout ce que j’ai pu vivre en dehors du handball, je peux donner des conseils à certains, mais je n’aime pas ce rôle de “grand frère” ou de “vieux de l’équipe” qui fait l’ancien.
Je suis ouvert à la discussion, je donne des conseils avec plaisir, mais je ne veux pas jouer ce rôle à tout prix. L’avantage d’être plus vieux, c’est que tu as accès à certains petits privilèges, comme ne pas avoir à débarrasser !
Et à cet âge-là, tu penses un peu à une date de fin, à l’objectif de Los Angeles 2028 ?
Moi, je me suis toujours dit que je ne voulais pas arrêter avant 40 ans. Ça ne veut pas dire qu’à 38, 39 ou 40 ans, je serai toujours performant, mais dans ma tête, je me suis fixé cet objectif. J’ai commencé ma carrière pro vers 20 ans, donc à 30 ans, je me suis dit que j’étais à la moitié de mon parcours.
Peut-être que dans un an, je changerai complètement d’avis et que je déciderai d’arrêter plus tôt, mais aujourd’hui, je joue à Veszprém, un des meilleurs clubs du monde. J’ai re-signé pour deux ans, je me sens bien, donc logiquement, si je suis toujours dans un club compétitif, c’est que je reste un joueur compétitif.
Pas de date butoir donc ?
Tant que je suis sélectionnable, je serai disponible pour l’équipe de France et je donnerai tout. Si c’est pour les prochains J.O., tant mieux. Si c’est pour ceux d’après, tant mieux aussi. Si ça s’arrête avant, c’est la vie. Mais je ne vais pas lâcher et je ferai tout pour rester performant.