Vice-présidente déléguée de la Ligue Provence-Alpes-Côte d’Azur, membre du groupe BabyHand au département de la performance sociale au côté de Nathalie Delord, Vanessa Patucca-Bourgeais, pionnière de l’activité réservée aux enfants de 3 à 5 ans, se réjouit de la richesse des projets élaborés à l’occasion du mois du BabyHand.

Le mois du BabyHand a démarré la semaine passée. En quoi consiste-t-il ?

La FFHandball a toujours été friande d’événements autour de la pratique compétitive, et le BabyHand est à ce titre un levier intéressant. Comme chaque mois, elle lance donc un appel à projets afin de mettre l’accent sur une pratique, en proposant aux clubs de la faire vivre. Il y a eu le mois de l’intégrité, il y aura celui du HandFit, du ParaHand… Ces projets sont censés toucher les licenciés comme les non licenciés, avec cette idée permanente d’accorder des temps dédiés à d’autres choses que la compétition. Il faut se souvenir par exemple lors de la période post-Covid, que les clubs qui avaient gardé des pratiques non compétitives sont ceux qui s’étaient le mieux relancés.

Comment se déroulent ces appels à projets ?

Pour participer à l’appel à projets, le club doit disposer d’un éducateur certifié ou formé à la pratique du BabyHand, et proposer au moins un événement courant mars. Lors de cet événement, il doit concevoir et mettre en place une séance de découverte, puis être capable ensuite de présenter un bilan complet de l’initiative. Un prix récompensera les projets les plus innovants et les lauréats seront invités à la Maison du handball à Créteil.

Quels sont les types de projets déposés sur la plateforme ?

On se rend compte que, depuis le lancement, les clubs vont bien au-delà de ce qui est demandé, c’est à dire proposer une séance découverte, la transcrire et toucher un maximum de publics différents. Ils font preuve de toujours plus d’imagination, et c’est très valorisant. On est passé depuis deux ans de projets que je qualifierais de « classiques » à des propositions hyper-intéressantes. Je pense à des rencontres inter-générationnelles avec des enfants qui se déplacent dans des EHPAD, ou à cette proposition de la part d’un club, du côté du Mans, qui avait réalisé une séance type « 24 heures du Mans ». Lier l’activité à l’environnement du club est aussi une des ambitions du BabyHand qui permet de s’ouvrir sur d’autres domaines.

La FFHandball soutient le BabyHand depuis 2013, mais depuis quand l’activité est-elle ainsi structurée ?

2013, c’est l’année où j’ai été contactée par la FFHandball. Thierry Gaillard m’a indiqué que la Fédération souhaitait prendre un peu la main sur l’activé. Nous avons commencé à collaborer au sein d’un groupe de travail du département de la performance sociale. Le premier livret -et la formation qui va avec- date de 2016. L’idée était de ne pas seulement prendre le livret et animer, mais d’imaginer une posture d’animateur pour diriger les séances puisque le principe est que l’activité n’est pas uniquement dédiée à des acteurs du handball, mais peut s’ouvrir à des enseignants, des personnes qui travaillent avec des départements de la petite enfance…

Entre 3 et 5 ans, les enfants développent leurs gestes moteurs fondamentaux, l’équilibre et la coordination notamment. Que leur apporte d’autre le BabyHand ?

La pratique du BabyHand s’inscrit en cohérence et synergie avec les différents espaces éducatifs de l’enfant comme la cellule familiale, l’école… Le développement psycho-moteur est important, mais le lien social l’est tout autant. Chaque séance est un nouvel univers, une histoire où l’imaginaire, la créativité et les ressources de l’enfant sont stimulés et développés mais aussi prétexte d’échange, de dialogue entre parents – enfants et animateurs autour d’une thématique sociétale. L’enfant va par exemple ranger le matériel, respecter des règles, et ça fait partie de sa construction. Il découvre aussi la vie d’un club, et les parents, qu’ils soient sur le terrain ou autour, vont voir leur gamin s’éclater, s’épanouir dans un moment simple de partage. Quand on voit certaines activités où l’enfant, dès l’âge de 6 ans entre dans un cursus de compétition, je suis effarée.

Concrètement, comment se déroule une séance ?

Les clubs associent les parents à la séance, mais certaines séances peuvent aussi se tenir sans les parents. Il y a d’abord un temps de mise en place, un temps d’accueil. Sur un créneau d’une heure, ces temps-là ne pourraient pas être pris en compte. On commence par un regroupement au cours duquel on fait entrer l’enfant dans différents univers comme le cirque, la jungle, avec un personnage, Handy, qui voyage dans le temps et l’espace. Cela permet à l’enfant d’être acteur de sa formation. Les voyages proposés par Handy sont l’occasion d’impliquer les enfants dans des apprentissages tels que l’expression orale, le dénombrement ou encore la découverte du monde, et favorisent leur ouverture d’esprit et leur curiosité. On appelle ça : entrer dans la séance. Il y a ensuite trois ateliers avec trois animateurs qui vont encadrer des jeux pour développer la coopération, la motricité… Il y a bien sûr aussi des jeux de tir parce que si l’on regarde bien la séance, ils commencent, quelque part, à découvrir le handball. Après ça, ils rangent le matériel, et on termine par un temps calme car ils sont tous bien excités.

Combien d’enfants jouent aujourd’hui au BabyHand en France ?

25 000 à peu près. Tous ne sont peut-être pas dans le concept BabyHand, mais ils appartiennent à la famille du handball, et j’espère que ceux qui ne connaissent pas encore très bien le concept vont s’initier, parce qu’il est vraiment adapté pour les enfants comme pour les clubs.

Ton engagement auprès des jeunes enfants ne date pas d’aujourd’hui puisque tu avais déjà créé puis animé une section baby-sport à l’Office Municipal pour la Jeunesse, les Arts et la Culture à Peymeinade. Comment tout ça a-t-il commencé ?

J’ai toujours pris énormément de plaisir avec les enfants, et je suis, d’ailleurs, toujours une grande enfant. J’ai commencé le handball à l’âge de onze ans, mais à 17 ans, je demandais déjà à entraîner des enfants. Les enfants me forment autant que je ne les forme, et ils m’ont aidé à grandir au fil du temps. J’ai essayé d’entraîner des plus grand, mais ça ne marchait pas aussi bien. Les enfants t’obligent à t’adapter, à rester toi-même un enfant. Ils sont innocents, ils pensent d’abord à s’amuser, et ne sont pas encore abimés par tout ce que l’on reçoit de l’extérieur.

Qu’est-ce qui a provoqué chez toi un déclic pour conceptualiser la discipline ?

J’ai créé la première section pour ma propre fille. Elle ne voulait pas faire de la danse, la seule activité développée dans le village où nous habitions. Elle était très timide, pas très sociable. Elle s’est ouverte. Elle a rencontré d’autres enfants qui sont devenus ses amis. Le BabyHand l’a beaucoup changée.

Le BabyHand a beaucoup changé lui aussi depuis vingt ans…

Beaucoup, oui. Je me suis énormément documentée pour l’affiner, j’ai trouvé des choses très intéressantes du côté du Canada par exemple, qui m’ont permis d’avancer et d’évoluer. La force d’un animateur, c’est sa capacité d’adaptation et sa capacité, surtout, à regarder tout ça avec ses yeux d’enfants.

Tu as même créé un blog « babhyand »…

Je l’alimente avec des conseils, des articles sur mes recherches, des séances, et petites idées, et je mets aussi en avant certains clubs par leur pratique.

Saint-Raphaël, par exemple, où le BabyHand a pris un bel élan…

Saint-Raphaël, c’est une magnifique expérience. Le plus beau cadeau que j’ai pu recevoir date de 2017, lors du Mondial en France. M6 était venu filmer une séance et c’est ma fille qui l’animait ! J’ai eu la chance, à Saint-Raphaël, de disposer de joueurs qui ont tout de suite adhéré à l’idée. Quand je voyais Rares Fortuneanu faire le crocodile pour les enfants, j’étais fière, oui. Et Rares était sans doute tout aussi ravi lorsque les enfants venaient assister aux matches…

Tu as également collaboré au projet « Circle of Handball life », initié par l’EHF avec son programme « Kindergarten Handball ». De quoi s’agit-il exactement ?

C’est Pedro Sequeira qui a été chargé de la mise en place d’un programme pour proposer du handball à tous les âges. Le Stage 0, c’est le Kindergarten Handball. J’ai collaboré à l’écriture d’un livret, puis participé à un séminaire à Munich l’année dernière. C’était très très riche. J’ai travaillé avec l’aval de la FFHandball, parce que je suis très attachée à l’idée que le BabyHand soit connoté FFHandball.

Y a-t-il des joueurs devenus professionnels aujourd’hui qui sont passés par le BabyHand ?

Beaucoup de fils d’anciens joueurs de Saint-Raphaël sont entrés dans les différentes filières. Ils y seraient peut-être entrés d’une manière ou d’une autre, mais le fait est qu’ils sont passés par le BabyHand. Les fils de Geoffroy Krantz ou Slavica Djukanovic, Joan et Lazar, sont ainsi entrés en Pôle. Celui d’Heykel Mgannem a été sélectionné dans les formations jeunes en Tunisie. Mais le concept même a aussi été développé à l’étranger. Heykel a créé des académies où le BabyHand tient une place évidemment particulière. L’épouse de Jan Stehlik a ouvert une structure à Pilsen, en République tchèque, tout comme la compagne de Miroslav Jurka. Pour l’anecdote, notre équipe régionale a remporté l’an passé les Intercomités, et cinq joueurs étaient passés par le BabyHand. Les parents m’ont adressé la photo du titre agrémentée d’un mot de remerciement. Ça m’a touché. Cette forme de reconnaissance m’encourage à toujours aller plus loin, à toujours prendre soin des enfants que l’on me confie.