Il est le capitaine de l’US Créteil, de retour dans l’élite après une saison au cœur de la ProD2. Le costaud de Clermont-Ferrand a soulevé le trophée de champion de France, vendredi, l’a savouré avec le même délice qu’il avait goûté ceux glanés du temps d’Aurillac, le temps des découvertes. Pierre Montorier, même s’il s’en défend, n’est pas tout à fait un handballeur comme les autres. Il a découvert la discipline à seize ans et n’a de cesse, depuis, de se délecter « de ce partage d’un projet commun ».

« Pierre, avez-vous lu le livre « Bac, Boîtes et surtout Handballeurs » de Claire Ruiz ?
Bien sûr que je l’ai lu. Lu, relu, re-re-relu. J’ai trouvé l’idée marrante au départ. D’autant que s’il n’y a déjà pas beaucoup d’ouvrages inspirés de la discipline, il n’y en avait aucun de ce type-là. Après, pour le petit comité d’amis plus ou moins impliqués, il y a des anecdotes dont Claire s’est inspirée et qui racontent, quelque part, une partie de notre quotidien.

Claire est donc votre compagne. L’univers du handball lui était-il familier avant votre rencontre ?
Pas du tout. Ni même, d’ailleurs, l’univers du sport. Elle était à 10 000 lieux de nos problématiques, plutôt tournée vers le monde des études, de la politique. Elle avait écrit auparavant des nouvelles, puis des romans pour enfants. Elle a eu envie de s’immiscer dans l’univers des ados, des jeunes adultes.

Elle est également journaliste. Est-ce pour cela que vous avez quelques affinités avec ce métier au point de hanter les plateaux de BeinSport, ou Ma Chaîne Sport ?
Je ne sais pas si c’est lié à Claire, même si dans sa famille, il y a beaucoup de journalistes. J’ai toujours aimé échanger avec eux, je suis curieux de cet univers. Peut-être que, d’une manière général, le sportif de haut niveau craint le journaliste ou plutôt l’exercice de l’interview, mais ce n’est pas du tout mon cas. La télé, c’est un peu différent, parfois même intimidant. Même si j’ai été rodé assez vite puisque France 3 Auvergne suivait nos évolutions à Aurillac, même lorsque nous n’étions pas encore dans l’élite.

La préface du livre est signée Nikola Karabatic. A-t-il lu le livre ? Savez-vous ce qu’il en a pensé ?
Je n’ai pas eu son retour, mais je pense qu’il l’a lu. Claire le lui avait même envoyé avant qu’il ne sorte.


« ON AVAIT UNE VRAIE DÉTERMINATION »


Vous avez un temps flirté avec l’équipe de France. Auriez-vous pu faire partie de la grande aventure ?

Je l’ai côtoyée, oui, mais c’était difficile de s’y faire une place si l’on considère le niveau et l’expérience des pivots qui étaient alors retenus. Ensuite, je pense aussi avoir pâti de mon choix de partir à Saint-Raphaël. Je me suis alors retrouvé avec un entraîneur avec lequel je ne partageais pas la même vision du haut niveau. J’avais signé par affinités avec certaines personnes, j’aurais peut-être dû prendre plus de recul. Mais c’est plus facile à dire après…


Vendredi, vous avez célébré votre titre de champion de France de Pro D2 devant votre public à Créteil. C’est votre troisième après ceux décrochés avec Aurillac. Ont-ils tous la même saveur ?

La même saveur, oui, sans doute. Mais ce sont trois aventures très différentes. Le premier, en N2, à Aurillac, c’était celui de la découverte, une porte ouverte dans un club au fonctionnement amateur vers le haut niveau. C’était aussi une consécration avec le club avec lequel j’avais commencé le handball. Celui de N1, c’est encore autre chose. On avait recruté des Lécu, des Abily, des Roussel, des Laout, tous issus du monde professionnel, et ce titre était une sorte de confirmation d’un projet sur le long terme. Celui-là, c’est un moyen de se faire pardonner. On a tous mal vécu cette relégation, et l’on pensait vraiment que l’on n’était pas à notre place en ProD2. Il a fallu mettre tous les ingrédients, mais on avait une vraie détermination.


Parlez-nous d’Aurillac, des valeurs auxquelles vous étiez alors très attaché ?

Et auxquelles je resterai attaché encore longtemps. Elles se résument dans le partage d’un projet commun, avec une adhésion sans faille. Tout le monde était très concerné, les joueurs, les dirigeants, les bénévoles, les jeunes, et comme tout allait bien, tout le monde s’impliquait sans compter. Au départ, ce n’était pourtant pas gagné. On était le club riche, peuplé de mercenaires. Mais on a senti la ferveur, on a gagné des matches, et on est devenu de vrais potes.

« LA VRAIE DIFFÉRENCE AVEC LA D1 JE LA SENS AU POINT DE VUE PHYSIQUE »


Ce temps-là est-il révolu ?

Non, je ne le pense pas. Je crois même qu’une des meilleures équipes au monde, l’équipe de France en l’occurrence, même si je ne partage pas son quotidien, fonctionne comme ça, avec ce même projet partagé par tous. Sincèrement, c’est ma conception du sport collectif et sans doute le meilleur moyen de tirer de jolis bénéfices.

Quelles sont les différences fondamentales entre la ProD2 et la D1 ?
Il y a plein de petites choses en fait, des détails. La D1 joue plus vite, les gardiens sont meilleurs, le jeu est mieux construit. Mais la vraie différence, je la sens au point de vue physique. Les joueurs sont vraiment prêts. Le problème de la ProD2, c’est qu’elle a du mal à exister financièrement. Si tu veux étoffer ton groupe, ton staff, insister sur la préparation, il faut plus de moyens.

Vous êtes entouré à Créteil de jeunes très talentueux. Les sentez-vous prêts à consentir les efforts indispensables à une carrière à haut niveau ?
Je pense, pour l’instant en tout cas, qu’ils empruntent la bonne direction. Ils savent, et je n’ai jamais hésité à en parler avec eux, que les joueurs de talent fleurissent un peu partout mais que pour réussir au haut niveau, il faut maîtriser une somme de choses, consentir de multiples sacrifices, être vraiment centré sur l’activité et toutes ses composantes. Ils ont les moyens de le faire, il faudra sans doute qu’ils se les donnent plus encore avec ce retour en D1. Le très haut niveau, c’est aussi un choix de vie. Le handball est en train de devenir de plus en plus professionnel, et il faut vraiment se poser la question : suis-je prêt pour une vie d’international, avec tout ce qu’elle implique de privations, ou ma place est-elle simplement dans notre élite ?

Vous aurez bientôt trente-deux ans. Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?
Dans ma tête, j’espérais effectuer une ou deux saisons supplémentaires à Créteil, mais les dirigeants m’ont récemment annoncé qu’ils ne souhaitaient pas me conserver. Si j’arrive à trouver un projet attirant, je l’étudierai avec attention. Sinon, je passerai à autre chose. J’entraîne depuis quatorze ans maintenant des équipes jeunes, et je me verrais bien à la tête d’une structure de formation, pourquoi pas, même, avec des adultes. Je vais m’inscrire au DESS à l’Insep pour continuer à me former. Ça me démange d’entraîner.

À propos de reconversion, vous avez préparé un diplôme de préparateur physique à l’Insep. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Je le termine au mois de juin avec une soutenance à faire. J’ai passé tous mes écrits. J’ai appris beaucoup de choses là-bas et ma conviction, aujourd’hui, est qu’il y a énormément de progrès à faire dans le handball. Il va falloir plus de préparateurs physique, c’est inéluctable. Et réfléchir encore plus à ce qu’est réellement l’activité. On continue d’aborder les saisons à base de PMA, de kilomètres de piste, mais lorsque l’on analyse, si une VMA développée est nécessaire, il faut aussi travailler plus et mieux sur la musculation, sur la vitesse…


L’idée de mêler handball et études a-t-elle toujours été une évidence pour vous ?

À un moment donné, non. Je n’avais pas eu un cycle comme les autres. Je n’ai pas fait de Pôle Espoir, ni de centre de formation, et il a fallu que je me donne les moyens de rattraper mon retard technique dans les savoir-faire individuels puisque je n’ai attaqué le handball qu’à l’âge de seize ans. Mais j’ai toujours aimé entraîner, me former dans ce domaine.


« JE ME RÉGALE VRAIMENT AVEC LA LIGUE DES CHAMPIONS FÉMININE »


On vous sait par ailleurs très actif sur les réseaux sociaux. Qu’allez-vous y chercher ?

Des informations, comme tout le monde. Sur le handball, mais aussi sur les autres sports. C’est une source d’informations inépuisable, même si elles ne sont pas toutes toujours très fiables, mais surtout un excellent moyen de rester en contact. C’est à la fois souple, ludique. J’ai des amis un peu partout et on peut échanger des photos, des points de vue, le contact est permanent.

Vous êtes particulièrement attentif aux résultats de l’équipe de France féminine. Suivez-vous également le championnat de France ou le parcours des filles de Skopje en Coupe d’Europe ?
Skopje, oui, parce que je m’entends bien avec Siraba (Dembélé) ou Allison (Pineau). Je me suis toujours intéressé au handball, masculin comme féminin. Je ne délaisse pas le handball féminin, j’aime la fluidité dans le jeu, je me régale vraiment avec la Ligue des Champions féminine.

Imaginez-vous la vie sans handball ?
Ça paraît compliqué. En tout cas, je ne l’imagine pas sans sport. Le hand, j’en suis tombé amoureux. Ça prend aux tripes.

Depuis les premiers pas à Aurillac jusqu’à l’équipe de France, vous avez connu quelques aventures… Êtes-vous nostalgique des premiers temps ?
Pas forcément. Certes, dans le haut niveau, on est devenu beaucoup plus professionnel, mais chaque équipe a son histoire, une histoire d’hommes et c’est ça qui me plait. Moi, je n’ai pas l’impression d’être très différent des autres. Comme eux, je me rends compte de la chance que j’ai d’exercer ce métier-là. Je ne suis ni issu d’une famille pauvre, ni d’une famille riche. Mon grand-père était mineur, mon père travaillait chez Michelin, moi je vis de ma passion. J’espère que ce côté passionnel ne va pas disparaître. Je ne suis pas plus inquiet que ça. Un jeune, après la phase où il est un peu fou-fou, il se rend vite compte de la proximité que le handball procure.

Et ça, ça reste propre au handball ?
Dans le cadre de ma formation, je viens de passer un an auprès des footballeurs de l’US Créteil, un un club de foot de Ligue 2. Je me faisais une caricature, je pensais que les gars étaient détachés du monde réel. Mais ils sont comme nous. Je pense que le haut niveau, c’est d’abord une question d’état d’esprit. »